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Publié le 30 juin 2017 à 21h14 |

Mary Beth Carty à Tadoussac: quand le charme opère

Le charme a opéré dans les deux sens,... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

Le charme a opéré dans les deux sens, vendredi après-midi, lors du spectacle de Mary Beth Carty présenté dans le cadre du Festival de la chanson de Tadoussac. La chanteuse a conquis les gens venus l’entendre sans la connaître, tandis qu’elle-même a été surprise, émue, par leur accueil. PHOTO LE QUOTIDIEN, MICHEL TREMBLAY

DANIEL COTÉ
Le Quotidien

Quand la magie d’un festival opère, des artistes que personne ne connaissait ni d’Ève, ni d’Adam, trouvent leur public spontanément. Juste parce qu’ils sont là et que les gens qui viennent les voir affichent une disposition d’esprit favorisant les découvertes.

Le charme a opéré dans les deux sens,... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay) - image 1.0

Le charme a opéré dans les deux sens, vendredi après-midi, lors du spectacle de Mary Beth Carty présenté dans le cadre du Festival de la chanson de Tadoussac. La chanteuse a conquis les gens venus l’entendre sans la connaître, tandis qu’elle-même a été surprise, émue, par leur accueil.

C’est ce qui s’est produit vendredi après-midi, à l’occasion du Festival de la chanson de Tadoussac. Malgré les risques de pluie et l’absence d’abri pour les spectateurs sur le site voisin du poste de traite, une jeune femme dont la notoriété est inexistante au Québec, Mary Beth Carty, s’est taillé un joli succès.

Elle qui participe au spectacle collectif «Le Trésor d’Édouard Hovington», étrenné jeudi soir, avait la chance de chanter en solo pour une seule et unique fois. Or, dès son apparition sur la petite scène, toutes les places assises étaient occupées et il y avait des gens debout. Le défi, pour l’artiste originaire de la Nouvelle-Écosse, consistait maintenant à retenir leur attention.

Elle a commencé avec un air du Cap-Breton interprété en tapant du pied et en manipulant des percussions de bois nichées dans chacune de ses mains. C’était enlevé, bien fait, mais le splendide accordéon posé sur son ventre était demeuré muet. Dès qu’il s’est fait entendre, sur une chanson en français tirée de son premier album, sorti en février, la bonne impression s’est muée en complète adhésion.

Les sons tirés de l’instrument, légers, un peu traînants, étaient en harmonie avec l’atmosphère du lieu. On sentait l’appel du passé, des traditions incarnées par le poste de traite tout proche, en même temps que l’appel du large suggéré par le fleuve qui défile juste en face.

«Je n’ai pas l’habitude de jouer devant autant de monde. D’habitude, j’accompagne des violoneux», a confié Mary Beth Carty avec une belle candeur. «Maintenant, je vais faire une gigue et si ça vous tente de danser, il y a plein d’espace dans ma loge», a-t-elle poursuivi avec humour, en dirigeant son regard vers un minuscule chapiteau.

Une gigue a suivi, puis une surprise, sa version de l’immortelle de Bob Dylan, «Love Is A Four Letter Word». Le débit rapide, les pulsions saccadées de l’accordéon, avaient quelque chose de moderne, comme du hip-hop, mais avec un sourire dans la voix.

Elle a refait le coup avec une autre adaptation bien troussée, cette fois sur le «Dance Me To The End Of Love» de Leonard Cohen. Il y avait une touche d’esprit russe dans les arrangements, qui suggéraient également un sentiment d’urgence que ne laisse pas deviner la version originale.

Au-delà de ces performances, cependant, c’est la personnalité de Mary Beth Carty qui a rayonné. Quand il s’est mis à pleuvoir, entre autres, et que très peu de gens ont quitté, son étonnement faisait plaisir à voir. «Vous êtes braves. Vous êtes de vrais festivaliers», a-t-elle lancé, manifestement émue.

À vrai dire, même ses compositions ont emporté l’adhésion du public, certaines jouant dans les talles du trad, alors que d’autres, comme «Anthony», trahissent le goût de la musicienne pour le klezmer. C’est donc avec joie que l’invitée du festival a offert une pièce instrumentale en rappel, précédée d’une chanson enlevée, centrée sur le désir d’une femme de voir son flacon rempli de rhum.

«Merci à vous tous. J’ai hâte de le dire à ma mère», venait de mentionner Mary Beth Carty qui, bien sûr, faisait allusion à l’accueil qu’on lui a réservé. Il restera plus cher à son coeur que tous les flacons de rhum de la Terre.

LORSQUE LA FRANCE ET LA NOUVELLE-ÉCOSSE SE MARIENT LE TEMPS D’UN ALBUM – JUSTIN FRENETTE

Mary Beth Carty. Les biens-nommés [CD], s. l., Mary Beth Carty, 14 février 2017.

D’abord connue comme la voix féminine du duo Bette & Wallet ainsi que comme guitariste de divers groupes de musique celtique, l’artiste néo-écossaise Mary Beth Carty débutait, en février dernier, une carrière solo en lançant son premier album, Les biens-nommés. Pour la grande majorité de l’œuvre, Mary Beth opte pour des textes dans la langue de Molière en conservant son style musical mélangeant le folklorique, le celtique et le jazz manouche, qu’elle exprime principalement avec l’accordéon mais parfois avec la guitare.

C’est sans attente que je me suis mis à l’écoute de l’album, ne connaissant pas l’artiste d’avance. Drôle de coïncidence : lors de ma première écoute, le ciel est soudainement passé d’ensoleillé à très gris, changement de température suivi d’une averse violente mais brève. Ce contraste intéressant renvoyait en quelque sorte à la musique de l’artiste : des instruments au son chaleureux mais jouant presque exclusivement dans le registre mineur. Une vibe parisienne marquée par un accent néo-écossais. Une voix enjouée alors que son violoniste s’aventure parfois brièvement dans la dissonance. Ces délicieux contrastes marquent le son de presque tout l’album, ce qui en fait une écoute très aisée (ou non, dépendant de votre affinité pour le style musical de Django Reinhardt) mais sans grande surprise, mis à part quelques moments tels que les changements de rythme et de temps entre les couplets et le refrain dans la chanson «Henri» ainsi que la brève mais fortement agréable descente chromatique vers le milieu de la pièce instrumentale «Jules». On remarque également une influence celtique dans plusieurs pièces, cette saveur prenant fortement l’avant de la dernière pièce de l’album, «Malvina», finissant donc l’expérience musicale sur une note plus joviale.

Crédit photo : Danny Polson.

 

Comme on peut le deviner en regardant la liste des chansons, intitulées pour la plupart d’après des prénoms masculins – d’où le titre de l’album, Les biens nommés –, la majorité des textes portent sur l’amour, vu sous différents angles : l’amour raté avec «Yvon», l’amour fragile avec «Anthony», et l’amour insensé avec «Felix», pour ne citer que quelques exemples. Si l’artiste raconte ces histoires sous un ton plus sérieux avec certains textes, elle utilise très habilement l’humour pour alléger l’ambiance dans plusieurs de ceux-ci, comme dans la chanson «Thomas» où l’artiste supplie son interlocuteur de ne pas «scrapper» son foie.

En gros, Les biens nommés est un album charmant et léger, quoiqu’un peu redondant, qui se prête à merveille à une promenade lors d’une belle journée d’été ou à un après-midi passé à siroter un latte dans un petit café. Il s’agit sans aucun doute d’un excellent début de carrière solo pour une artiste ne cessant de faire ses preuves dans le monde du folk maritime.

Ma cote: 7.5/10.

Coup de cœur de l’album: «Malvina».